Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 08:09
Avis aux lecteurs. Les précédentes impressions du livre « le courage d’espérer » de Paul CHYTELMAN sont désormais indisponibles. . Les éditeurs de l’ouvrage ont décidés de réimprimer ce livre dans sa version originale sans modification de texte, mais en format livre de poche à prix réduit. Il est désormais disponible en librairie ainsi que pour la vente en ligne auprès des diffuseurs par internet.
Par Paul Chytelman
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 08:52

Le 8 octobre 2011

Cher journal,

Hier, vendredi, nous avons fait une superbe découverte du tournage vidéo avec ma

classe. Oui, je sais nous ne sommes pas censés faire du tournage vidéo, mais si, car nous

sommes la classe PAM ce qui veut dire « Projet action média » donc ce qui veut dire aussi que

nous allons créer un film. Cette année c'est les enfants dans la Shoah.

Donc, comme je disais, nous avons été formés pour pouvoir tourner notre film. Alors,

vendredi après-midi, toute l'après-midi (ouais, on a loupé des cours !) nous avons filmé le mur

du collège, photographié des photos sur le mur en face du CDI et nous sommes installés dans

un fauteuil roulant pour faire des travelling. Mais quoi ? Qu'est-ce qu'un travelling ? C'est un

mouvement de la caméra pour suivre une personne sur des rails. Mais comme nous n'avons pas

de rails pour caméra nous prenons un fauteuil. Amusant, non ?

Les ateliers étaient répartis par professeur ainsi :

Le traveling, Mr Cattenoz

Les photos, Mr Calvet

Le zoom du marché, Mr Moissenet

L'interview, Mme Wendl et au début notre professeur principale : Mme Provost

Il y avait aussi:

filmer en mouvement tout en étant fixe (sans bouger le trépied), Mme Boucheron

recherche d'images:M. Moissenet. Franchement, j'ai adoré .Le plus drôle a quand même été le

fauteuil roulant. Le plus dur a été les mouvements de caméra avec Mme Boucheron.

Après la récréation, Rafael et Alexandre ont filmé la classe pour montrer le travail de la

classe PAM. Nous, Ils nous ont pris en vidéo sur le fauteuil.Ah! la la, ils ont de la chance, ça

aurait été drôle de le faire quand même, non? Ah! Je n'ai pas expliqué pourquoi tout de suite

cette formation ! En fait ,un rescapé juif de la Shoah doit venir nous accorder une interview. En

gros c'est pour cela que nous allons l'interviewer :pour connaître comment ça se passait dans les

camps de concentration. Bon je te laisse car je vais faire mes devoirs .

Bien à toi

Damien

Le 15 octobre 2011

Cher journal,

Désolé, je n'ai pas pu te parler plus tôt car j'étais pris par les devoirs. Le professeur de

français, Mr Moissenet nous a donné à faire des questions pour Paul Chytelman. Au début je

trouvais ça barbant mais quand on a fait l'interview c'était super. Bon je voulais te raconter

l'interview de Paul Chytelman. Quand nous sommes arrivés nous avons vu à travers les portes

qui mènent à la salle Jean Léger, Mr Moissenet se faisait interviewer par un journaliste ; nous

nous demandions ce qui se passait puis subitement ça m'est revenu: il nous avait parlé de cette

interview avec le journaliste. Donc nous sommes rentrés après avoir vu que Mr Moissenet

nous faisait signe. En entrant, J'ai eu une surprise que quasiment tout le monde a eu : un vieil

homme était assis sur une chaise mais pas à l'endroit où aurait dû se dérouler l'interview, mais

dans nos rangs. Alors le professeur de français nous l'a présenté, c'était Mr Léger. Et oui, Jean

Léger comme la salle. Puis au même moment un autre vieil homme est entré et s'est adossé sur

la table devant nous : c'était Paul Chytelman. « Alors, a-t-il dit, je vais vous prendre pour mes

petits enfants ». Telles ont été ses paroles. Puis nous avons commencé à poser des questions.

Bon au début c'était un peu dur car personne ne voulait se lancer pour poser des questions. Puis

c 'est parti d'un coup. On posait des questions, lui y répondait. Il était tellement gentil avec

nous ! Je n'arrive pas à croire qu'il ait été déporté dans des camps de concentration alors qu'il

est tellement gentil. Il nous a raconté que les déportés dormaient dans des conditions affreuses

et vivaient dans des conditions horribles. Quand on l'entend parler, on ne pense pas que c'est

vrai, tellement les SS étaient durs avec leurs prisonniers. Pour moi, c'est un héros. Je me

demande toujours comment il a pu tenir mentalement alors qu'il voyait ses amis mourir autour

de lui sans pouvoir les aider. Comment il pouvait vivre à -18°c dans la neige pendant la marche

de la mort. Moi je n'aurais pas survécu. Il était tellement heureux de voir des élèves lui poser

des questions et nous, ou tout au moins moi, étais heureux de voir qu'il répondait à nos

questions sans nous dire toujours non ou je ne veux pas. En tous cas c'était une bonne

personne et je suis heureux qu'il ait survécu car il le mérite.

Bien à toi

Damien

Par DAMIEN de PARON
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Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 07:59

Lettre reçue d’une lectrice…,

                          Bonjour,

                          Même si nous avons un ami commun, vous ne me connaissez pas, et pourtant nous appartenons à la même famille, celle des « survivants » et de leurs enfants.

                          Pendant de nombreuses années, je me suis demandée d’où me venait cette hypersensibilité, ce rejet des apparences, cette incapacité à m’intégrer, cet éternel besoin de volume…

                          C’est au hasard des rencontres que j’ai compris ma différence : cette connaissance du « monde à l’envers » qui fait des « enfants de survivants » des êtres en souffrance. Ce n’est pas a vous que j’apprendrai cette difficulté que les survivants ont eu à communiquer avec leurs enfants, mélange de pudeur et de protection réciproque.

                          Lorsqu’un des deux parents ne fut pas déporté, sans doute cela fut-il plus facile pour les enfants, mais dans le cas contraire (ce qui est le mien) comment sortir de « l’enfermement » ? Ce sont le frère ou la sœur qui prirent le relais. C’est ainsi que nous avons pris connaissance de l’histoire.

                          Lorsque A… m’a fait parvenir votre témoignage, à croire que cet homme a un 6ème sens, j’étais dans un creux de vague, un de c’est moment où je ne supporte plus les idées toutes faîtes, les faux-semblants.

                          J’ai lu votre livre d’une traite, comme on enfile ses pantoufles après une longue absence.. A la fin de la lecture, j’avais retrouvé tous mes repères.  Merci.

                          Jusqu'à l’âge de mes huit ans, mon père et moi étions inséparables, j’étais de toutes les réunions et manifestations. Ce devait être bien étrange cette gamine qui courait dans les docks de Rouen, en chantant des chants révolutionnaires. Parfois il s’arrêtait «  Linotte disait-il, je sens que je vais me retourner comme une vieille chaussette ».

                          Derrière le regard embué de ses lunettes, il disparaissait dans un de ses interminables voyages intérieurs. Nous restions ainsi de longs moments silencieux, inversant les rôles. Je devenais l’adulte prête à le protéger. J’ai compris que bien plus tard ce que vous racontez si bien au début de votre livre : seul parmi les siens, mais au milieu de ceux qui sont restés, là-bas, quelque part  en Haute Silésie.

                          Je sais ce que représente votre témoignage, si peu de survivants ont pu le faire. Pourtant le devoir de mémoire leur  est chevillé au corps. Lors des obsèques de mon père, au milieu d’une foule incroyable, j’ai vu de jeunes lycéens pleurer et s’engager sur le livre de condoléances à ne pas oublier. Je sais qu’il avait l’habitude de travailler sur cette période douloureuse avec des professeurs d’histoire. Ce qu’il n’avait pu dire à ses enfants, il le transmettait à la génération suivante.

                          A mon tour, je témoigne à ma façon de cette histoire douloureuse par le respect et amour de ceux qui m’ont transmis ces valeurs auxquelles je crois.

                          Amicalement à vous,

                                                                                   Jacqueline.

Merci « Linotte ».

Par Paul Chytelman - Publié dans : nouveaux écrits
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Samedi 8 octobre 2011 6 08 /10 /Oct /2011 08:48

Témoignage poignant d’un homme qui eut « Le courage d’espérer »

 Il s’appelle Paul Chytelman. Il est dans sa quatre-vingt-neuvième année. Il est venu dire aux élèves du lycée Gaston Bachelard, ce qu’a été sa vie dès son arrivée en France « dans le ventre de sa maman » en 1922, venue rejoindre son mari qui avait fui la Pologne et les persécutions antisémites. Il a été invité par les professeurs qui ont fait travailler certains de leurs élèves sur le film « La rafle », un travail qui a donné lieu à une exposition, et parce que les élèves de première et de terminale ont, dans leur programme, un thème essentiel : « les mémoires de la  Seconde Guerre mondiale ». Le témoignage  a été filmé en totalité « parce que nous voulons qu’il reste vivant, que sa richesse perdure » dira une des professeurs, Alexandra Raiser, qui connaît bien Paul Chytelman, puisqu’elle l’avait déjà invité, il y a cinq ans.

Le dernier du 67ème convoi parti pour Auschwitz le 3 février 1944

Vendredi matin 27 mai, debout, deux heures durant, devant une centaine d’élèves, il raconta d’abord sa vie, jusqu’au moment de son arrestation, sur dénonciation, le 15 janvier 1944, dans un petit village de Lozère. Il n’avait pas 22 ans. Il ne demandait qu’à vivre. Il sera conduit d’abord à Drancy et le 3 février, il fera partie des 1214 Juifs, du convoi 67 emmenés à Auschwitz. 986 d’entre eux furent dans les quatre heures qui suivirent leur arrivée, gazés et brûlés. En 1945, il ne restait que 26 survivants. Il est le dernier de ce funeste convoi.

Il a répondu aux interrogations des jeunes d’aujourd’hui

Et puis, il s’adressa aux élèves : « Posez-moi des questions ». Elles eurent du mal à sortir tellement le récit était poignant. Le silence des jeunes en disait long sur leurs sentiments où se mêlaient incompréhension, interrogations, admiration et respect. Mais elles vinrent : « Quelle était une journée au camp ? » « Comment en êtes-vous sorti ? » « Quel est le plus mauvais moment dont vous gardez le souvenir ? » « Y a-t-il eu des révoltes ? » « Avez-vous toujours votre tatouage ?» « Si vous aviez, à l’instant précis,  Hitler devant vous, que feriez-vous ? Etes-vous retourné à Auschwitz ? « On a dit  que les camps n’ont pas existé ! »… Autant de questions auxquelles Paul Chytelman répondit avec précision. Il a dit le lever à 4 h 30 du matin, la tisane faite de feuilles de hêtres en guise de café, la boule de pain noir, le comptage interminable dans le froid, sous la pluie, la neige, le travail harassant, l’attente aux latrines, la dysentrie, la peur au ventre : « on travaillait 12 h / jour ; nous aurions dû avoir l’équivalent de 3200 calories, nous n’en avions que 800, c’est une des raisons pour lesquelles nous ne pouvions pas nous révolter. Le jour de mon arrestation, je pesais 70 kg, à Auschwitz, 40, à Dora 38 et en arrivant à Bergen-Belsen, après la marche de la mort ordonnée par les nazis qui fuyaient devant l’avance russe, 32 kg ! Nous étions sans force, parce que souffrant de la faim ; c’est surtout cela la déportation. Quand j’arrivai à l’hôtel Lutétia, 15 mois après, en avril 1945, ma sœur eut bien du mal à me reconnaître et l’on fit tout pour me nourrir. Alors je n’arrêtai pas de manger ! » Il montra son numéro, le 173 254, tatoué sur son avant-bras droit. Preuve indélébile de sa vie dans ces camps de la mort. « Comment se fait-il qu’un Hongrois, qu’un Néerlandais, qu’un Belge…racontent les mêmes choses que moi, sans que nous nous connaissions ? Et le ghetto de Varsovie, et Treblinka et Maïdanek ? Et ces millions de personnes disparues ? Non, je ne suis jamais retourné à Auschwitz, ce serait trop dur pour moi, le choc serait trop important. Sur quel tas de cendres pourrais-je mettre des fleurs à la Toussaint ? (Les soixante-quatre membres de sa famille-oncles, tantes cousins-restés en Pologne, ont été exterminés, mais il ne sait pas quand et où).

Un témoignage qui a suscité une émotion intense

La tension était telle que des élèves ont eu des larmes aux yeux. Ainsi Flora : « C’était très émouvant ; un témoignage comme celui-ci est bien plus marquant que ce qu’on peut lire dans nos manuels, même s’ils racontent la même chose. Ce qui m’a surtout marquée c’est quand il a raconté son pire souvenir ! » C’était sur le chemin vers Bergen-Belsen…

Il n’a pas dit sa haine de l’Allemand, non, mais celle du nazisme, du racisme : « être raciste c’est être un imbécile ». Et il a mis en garde son auditoire contre  les idées, qui en ce moment se répandent et sont des copies conformes à celles des années trente.

A la question : « Qu’est-ce qui vous a permis de survivre ? » il répondra : « Lisette, mon premier amour qui me désigna pourtant à deux inconnus qui cherchaient mon frère. Elle ne savait pas que c’étaient des hommes de la gestapo ! »

C’est seulement à partir de 1974 qu’il a décidé de dire ce qu’il a vécu. Pour que le souvenir reste vivant. Il voit environ 4 000 élèves / an et il a publié un livre : « Le courage d’espérer »

Par Paul Chytelman
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Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 15:25

La Résistance dans les camps.

Il convient tout d’abord d’expliquer la différence  qu’il y a dans le libellé entre résistance avec le le terme «  révolte ».

En effet si trois grandes révoltes sont connues : Tréblinka 2 août 1943, Sobidor 14 octobre 1943, Auschwitz le 7 octobre 1944 ; elles ne sont dues qu’à la connaissance par les détenus de la suppression prochaines des camps, qui signifiait anéantissement certain ; Tréblinka comme Sobidor, celui-ci ayant eu connaissance du sort réservé aux détenus du premier nommé, donc de la  mort programmée de tous les détenus. Ce ne sont pas à mes yeux d’actes de résistance mais des actes de révoltes.

De nombreuses petites révoltes ont eu lieu, mettant un détenu face à un SS.  Ces tentatives nous les considérions comme « des actes suicidaires » tentant d’emporter le détenu et un bourreau au titre de vengeance. Le total de ces actes nous est inconnu, et je ne pense pas qu’il faille les assimiler à des actes de résistance. Par exemple, un détenu à la carrière de Mauthausen, saisit un gardien SS et se jeta dans le vide avec lui. Ils moururent tous les 2. Est-ce un acte de résistance ? ou un acte de suicide entrainant un bourreau avec lui.

 

De même les seuls actes de résistance connus, et non de révolte, sont tous ces sabotages aussi minimes qu’ils étaient pour entraver ou retarder l’effort de guerre nazi, dont le nombre est incalculable, qui ne mettait pas vraiment la vie des détenus en danger, ou, s’il était découvert, faisait que le « coupable » subissait le châtiment réservé aux saboteurs, c'est-à-dire la pendaison, qui avait lieu devant la totalité des détenus du camp à titre d’exemple. Une pendaison multiple de plusieurs coupables au camp de Dora me reste en mémoire.

Des actes de résistance furent commis par des camarades qui ayant obtenu des places dans les services administratifs du camp, retardèrent volontairement la transmission d’ordres ou favorisèrent tel ou tel emploi pour des camarades à la limite de l’épuisement, leur évitant ainsi la sélection et le gazage qui suivait.

J’ai la mémoire d’un français servant à Dora de secrétaire qui sauva de nombreux compatriotes jusqu’au jour où surpris en train de falsifier un document, il  fut envoyé dans un kommando dont on ne revenait jamais. Ceci est sans contestation possible un acte de résistance.

Tout ce qui pouvait sous quelque forme que ce soit retarder l’effort de guerre nazi était un acte de sabotage donc un acte de résistance.

Par Paul Chytelman
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